VENI VINO VICI
VENI VINO VICI

CHILI CON CARMENERE

Changement de continent, changement d’ambiance… la vida es un carnaval !

 

PREMIERS PAS

L’excitation, le décalage horaire ou l’avion, je ne sais pas qui est responsable mais quand nous arrivons à Santiago, nous avons très peu dormi en 24H et nous ne servons pas à grand-chose. On décide donc de prendre possession des lieux en douceur… après avoir récupéré notre nouvelle voiture, on se décide à aller directement à Valparaiso, à une centaine de kilomètres à l’ouest de  Santiago sur la côté. On traverse donc la Casablanca vallée sachant que nous y reviendrons dans la semaine pour ses superbes vignobles.

Sur la route, c’est désertique et montagneux avec les cactus et les habitations sommaires ; bref, on a sous les yeux exactement ce qu’on avait imaginé mais en mieux. Valparaiso est une ville surprenante : très colorée, les différents quartiers (cerros) entassent les maisons fragiles sur les collines face à la mer pour former un énorme patchwork. C’est la région que la plupart des chiliens de Santiago choisissent pour passer leur week-end ou vacances à la mer. Il y a donc un peu de monde d’autant plus que nous sommes en plein été. Il me faut un temps d’adaptation pour conduire ici, on n’est plus en Nouvelle-Zélande sans personne sur la route! Et je retrouve la conduite à droite…

Aussi surprenant que cela puisse paraître les campings sont quasi inexistants et il nous faut sortir de la ville pour camper dans la réserve nationale Lago Penuelas. On retrouve donc l’état sauvage, entouré de lamas, chevaux, rapaces et plus tard de rats des champs ! Chili oblige on prépare le barbecue, le fameux « asado » pour reprendre des forces et passer une bonne nuit bien méritée.

 

DEBOUT LES MORTS, MARCHONS, MARCHONS…

Je me rends compte que toi lecteur ne perçoit pas l’enthousiasme dans ce début d’article. En effet, mais le lendemain, reposés, on réalise enfin que nous sommes en Amérique Latine, livrés à nous même dans une position moins confortable qu’en Nouvelle-Zélande : la vraie aventure recommence ! Aie caramba !!! C’est la fiesta dans la cabeza, gonflés à bloc on retourne à Valparaiso pour le match retour : visite des cerros les plus fameux : Concepcion, Alegre ou Artillera. Peintures sur les murs, petites échoppes perdues dans la poussière, on est définitivement dans une ville portuaire certes mais artistique sans aucun doute. Un air de bohême flotte dans ces rues qui n’en finissent pas de grimper ce qui nous conduit à nous perde dans les ruelles, observant tout et rien autour de nous. Le charme agit et on se laisse séduire. Pour continuer cette douce mélodie, nous allons visiter la maison du poète Pablo Neruda, la « Sebastiana » incontournable stop pour ne pas avoir l’air idiot. Une petite pause au concert organisé par la ville dans le parc du centre puis nous allons à Laguna Verde, à 20km de Valparaiso où il semble y avoir un camping.

La route pour y aller longe la côte et c’est fantastique de voir la brume marine nappée l’océan au loin. Nous y sommes, dans cette minuscule ville peuplée de touristes exclusivement chiliens. Nous sommes observés comme de étrangers perdus mais l’accueil au camping nous fait comprendre que c’est surprenant d’être ici mais pas inquiétant. C’est samedi soir ce qui veut dire le grand rendez-vous des campeurs, chacun avec son BBQ plein de viande rouge… imitons les pour passer inaperçus ! Ça chahute jusque tard dans la nuit. Malheureusement, nous n’étions pas armés ce soir là mais jurons que le jour suivant serait plus sanglant !

 

LE JOUR DE BOIRE EST ARRIVE

Avant de sévir, nous nous réveillons et décidons de longer la côté au sud de Valparaiso et découvrir les autres stations balnéaires si convoitées par les latinos ; ainsi, nous nous promenons à Vina del Mar et descendons jusqu’à Concon puisque le nom est marrant ! Les restos, les bars et les plages sont bondés. L’ambiance est à la fête, en famille, entre amis… c’est génial de voir l’équivalent de notre Côtes d’Azur en plein mois d’août. Amusant un temps. L’heure est grave, ce soir c’est super BBQ et apéro à la sauce chili. Pisco sour, vins rouges (à base du cépage carménère évidemment) et viande rouge dans le panier, nous rejoignons le camp. Pas de temps à perdre, goûtons, au nom de la curiosité, le pisco dans son pays d’origine selon les chiliens, mais officiellement péruviens même si les premières traces historiques de cet alcool de raisin semble être en Argentine ! C’est un sujet de conversation qu’il est préférable de ne jamais entamer au Chili si vous ne souhaitez perdre de temps en tournant en rond.

Ma foi c’est délicieux ! Nous validons comme nous validerons les autres spécialités locales ce soir là. On prend nos aises, on parle fort (c’est de mise) et du coup on se fait repérer par un belge immigré au Chili il y a 23 ans qui nous rejoint pour tailler la bavette en franco-anglo-chiliens. Et comme il avait une bouteille de Pisco âgé en main, il a fallut l’aider à ne pas repartir les mains pleines… on refait le monde, il nous parle du Chili, de son évolution depuis 20 ans, de ses faiblesses et du pisco bien sûr. Je ne sais plus bien comment j’ai pu me réveiller dans cet état le lendemain…

 

LE LENDEMAIN MATIN… UN SANG IMPURE

Un coup d’état façon Pinochet a lieu dans mon crane ce qui m’empêche d’envisager toute sortie de mon sac de couchage qui a des allures de sarcophage.  12H… et nous devons faire route vers les vignobles de Casablanca ! En selle vaquero ! Attendez voir, ça fait trois jours qu’on est là et toujours pas de ceviche (plat à base de poisson cru mariné dans un jus de citron et autres poudres de perlinpinpin). C’est peut être la solution à tout nos problèmes ; direction le Mercado Cardonal, marché local dans des halles, pour la meilleure adresse de Valapraiso,  El Rincon de Pancho. Holly prendra un des meilleurs poissons que j’ai eu l’occasion de goûter dans ma vie, de la reineta, et je me bâfrerai avec un ceviche qui joue dans la cour des grands ceviche de ce monde !  Merci Pancho, tu ne le sais pas mais tu viens de nous sauver la vie !

 

ENTENDEZ NOUS DANS LA CAMPAGNE

On a gagné une bataille mais pas la guerre, et déguster du vin aujourd’hui serait comme jouer un air de flûte avec une sucette sifflet : ridicule. Nous allons donc nous renseigner pour le lendemain et partons à la recherche d’un camping. Et pour ça il faut le mériter, on a mis tout le monde sur le coup : les carabineros de Curacavi, « Mamita » (la vendeuse des meilleures Mote con huesillos de la région de Curacavi), la douzaine de personnes rencontrées sur notre chemin, un aveugle sénile qui ne sachant pas où il était avait du mal à nous montrer le chemin  et José, le gardien de chevaux qui téléphonera pour nous afin de dévoiler les derniers indices qui nous conduiraient au temple secret, à l’Atlandide, au camping. Aucune signalisation même sur le portail même de l’endroit, aucun référencement sur internet, seulement une carte de visite et à notre arrivée aucune tente évidemment. C’est donc seuls dans un jardin aménagé en camping que nous installerons notre camp après 4H de quête infernale et palpitante. Si on ajoute l’essence utilisée, les empanadas et les mote con huesillos achetés, nous aurions mieux fait de nous prendre un hôtel dans un vignoble mais ça aurait été un peu trop facile et surtout beaucoup moins drôle. Nous y sommes, au milieu de nulle part, sous les étoiles avec l’asado pour nous réchauffer.

 

ABREUVEZ NOS SILLONS

Au chant du coq, nous levons le camp, regrettons de ne pas passer une nuit de plus dans le jardin et prenons la route vers ce pourquoi nous sommes venus au Chili : le vin. La vallée de Casablanca est l’endroit frais des vignobles chiliens et la douzaine de domaines nous tend les bras. Une journée de dégustation riche en bonnes surprises (Lire article sur le vin de Casablanca) et rencontres qui justifient notre venue dans cette vallée superbe. Nous quittons une vallée pour une autre puisque notre soif nous oblige à enchainer avec la vallée de Maipo, région la plus connue et la plus importante pour le vin chilien. Sur le papier, il est plus simple de trouver un camping dans ce coin et tout particulièrement à Isla de Maipo.

En effet, il y a plein de pancartes indiquant la présence de camping. Mais la vie de routard exige de la résistance, du piquant, du rebondissement ; en plein dans le mille ! Nous arrivons au premier camping et là tout espoir de simplicité chavire. Apparemment c’est dans tous les journaux du pays et même à la télé me dit la femme qui m’accueille. Tous les campings de la région sont fermés jusqu’à nouvel ordre. Tiens donc, en pleine été ? Et peut-on savoir pourquoi ? Deux personnes sont mortes d’une infection (la hanta, sorte de rage ou autre petit ennuis de ce genre) dans un camping, et ce serait de la faute des rats. Il a donc été décidé de mener une grande investigation et de désinfecter tous les campings avant d’accueillir à nouveau les vacanciers. Mais la chose la plus curieuse est qu’il y a un camping à cent mètres en dehors  de la zone rouge qui a le droit d’ouvrir… nous nous y rendrons donc puisque nous n’avons aucune autre possibilité mais je fais promettre à Holly de ne pas caresser ou embrasser les rats du camping.

 

FAITS : LOUIS PASTEUR PRECONISAIT DE BOIRE DU VIN ET A INVENTE LE VACCIN CONTRE LA RAGE.

Bon pied bon œil, c’est le domaine De Martino qui nous servira le petit déjeuner à base de Chardonnay, Cabernet et Carménère. Une dégustation privée surprenante (à découvrir dans l’article sur la vallée de Maipo) et l’ivresse matinale a le don de faire oublier tous les soucis même si nous n’en avions aucun. Epongé avec un empananda frito, le vin nous accompagne sur sa route vers Santiago. On finit notre périple de dégustateur en fanfare avec un Cabernet réserva 1993 chez Cousino Macul. Décidemment le Chili n’est pas le pays du vin à bas prix robuste et simple qu’on a souvent tendance à penser en Europe.

Pour la nuit, on ne se décourage pas et on part à nouveau à la recherche d’un camping… oui, oui. On entend dire que non loin de la « petite propriété » de Concha Y Toro, on avait des chances de trouver ce qu’on convoite tant depuis une semaine. C’était bien le cas même s’il a fallut parlementer pour qu’ils acceptent une tente alors qu’ils ne proposent que des bungalows en cette saison. On prépare donc le dernier asado de notre voyage du centre Chili et pour y donner un air de bbq méditerranéen, on ouvre la bouteille de rosé de Cousino Macul qui est le premier rosé « gris » à procurer les sensations de Provence. La vie est bonnarde mais il manque les cigales et les boules qui s’entrechoquent!

 

LE LENDEMAIN A SANTIAGO

Petite visite furtive chez Concha Y Toro, deuxième plus gros producteur de vin dans le monde après notre seigneur Gallo. C’est un véritable empire, et le nombre de différents vins offre le choix dans la qualité et le prix, sans tomber dans un et unique style : ce n’est pas le genre d’endroit très excitant quand on espère trouver une pépite méconnue mais ça reste incontournable. La case est cochée, direction la capitale.

Santiago n’est pas une ville des plus jolies ou qui offre multitudes de sites à visiter mais l’ambiance et la vie y est très agréable. A Santiago, on est de sortie. De plus, l’attrait de la ville réside en son hyper centre, ce qui tombe bien puisqu’on a l’intention de logé dans un hostel dans la rue principale, La Moneda. Après avoir serpenté dans la ville avec notre automobile, nous souhaitons pouvoir prendre le temps de respirer la ville. On arrive à l’hostel, parfait. L’endroit est grand, décoré artistiquement, avec une grande terrasse patio, une piscine et tout le confort en plein centre ville.

 

AUX LARMES !!!

Vous ne remarquez rien ? Tout est normal, aucun problème, comme si l’on avait enfin maîtrisé ce pays. Et bien non ! J’ouvre ma valise pour charger l’ordinateur mais il est introuvable ; vérification faite dans la voiture, dans tous les sacs, c’est maintenant clair : je l’ai laissé en charge au camping de la Isla de Maipo, celui où les rats sont sains. Donc, l’ordinateur qui possède tous les articles mais surtout toutes les photos et vidéos du voyage (la dernière sauvegarde remontant à la Thaïlande et la suivante étant programmée pour l’après midi), les scans de tous les documents les plus officiels, bref tout ce qu’il y a de plus inestimable pour nous, tout ceci est relié par un fil électrique à un poteau au milieu d’un camping à 60km de là, en pleine saison et dans un pays où il n’est pas sage de narguer les gens peu de scrupuleux en leur donnant l’opportunité d’un larcin aisé. Pour rendre le suspens plus insoutenable, le nom du camping nous est totalement inconnu et nos recherches sur le net sont un échec, il nous est donc impossible de contacter nos ex-hôtes pour espérer un miracle. Adieu promenade en ville, détente au bord de la piscine et apéro dans les rues vivantes de la ville, je n’ai pas d’autres choix que de me rendre sur place après avoir poser un cierge et rester accroché à l’once d’espoir de retrouver le moral. Comme un instinct animal, je pilote avec une grande assurance et trouve mon chemin comme si j’étais un enfant du pays. 40 minutes plus tard (temps record enregistré et validé par Guiness Book), nous sommes au camping devant le poteau, l’ordinateur lui n’y est pas. La gorge se serre, la cire du cierge recouvre mes derniers rêves de revoir la boite à souvenir du voyage. Je me hais : pourquoi l’ai-je oublier ici ? Pourquoi n’ai-je pas fait de sauvegarde ? Pourquoi charger un ordinateur alors que l’on s’en servira que lorsqu’on sera dans un hostel équipé d’électricité ? Je me dirige vers la réception, imaginant les subterfuges les plus saugrenus pour tirer les vers du nez de quiconque saura quelque chose ou même racheter mon propre bien. Mais là, la femme face à moi sourit (pas moi), s’exclame en un chilien qui laisse échapper les mots « oublier », « récupérer ». Le miracle, la bonne étoile, la baraka, le postérieur débordant de pâtes que les chinois utilisent pour la soupe, bref le billet retour vers « plus belle la vie », le panard dans une Crocs neuve, la première gorgée de bière ! La vie peut reprendre son cours…

On retourne à la ville en sifflotant, on se fait un deuxième coup de stress à la poste pour envoyer un colis en France (pour faire vite, on envoie du vin ce qui est interdit et la poste ne fournit pas d’emballage ; il nous faut donc trouver un carton en moins de 15min avant que la poste ferme… rien de très intéressant). La journée a joué avec nos nerfs alors on se rattrape sur la soirée et profitons de nos dernières heures sur le continent avant de plonger dans la mystérieuse Ile de Pâques (qui appartient au Chili).

 

 

Une semaine agitée pleine de surprises et pourtant la sensation d’avoir établi le contact avec le pays et une légère envie de refaire un bout de chemin ici, entre la cordillère des Andes et le Pacifique.