VENI VINO VICI
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1 mois en Inde

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KERALA, Sud de l'Inde. "Quand il y en a marre, y'a Malabar!"


Après avoir bu du vin à Nashik, avoir profité des plages et des apéros de Goa, nous voilà partis pour longer la côte Malabare jusqu’au Kerala, état au sud ouest de l’Inde. Tout le monde nous a vanté cette région et pour cause, la nature reprend ses droits, l’éducation est de mise et la cuisine est variée. Il faut savoir que c’est un état à tendance communiste et paradoxalement chrétienne, avec une grande richesse naturelle et un niveau d’éducation parmi les plus hauts d’Inde.


Notre première étape est à Fort Cochin, ville portuaire, où déjà on perçoit un changement de mentalité, un accueil moins intéressé et un niveau de touristes indiens supérieur aux autres endroits visités. Les prix sont légèrement inférieurs mais c’est surtout la gestion du tourisme qui est intéressante. Ici, dans le Kerala, le gouvernement propose une offre d’hôtels, bus, restaurants ou tours approuvés et gérée par lui-même (KTDC Hôtel par ex).

Nous nous rendons rapidement dans les terres pour apprécier ce que mère Nature a à nous offrir. Direction Munnar, dans les montagnes (>2000m d’altitude) où la culture du thé est omniprésente. La route est sinueuse mais superbe, chutes d’eau, panorama et plantations d’épices se succèdent sans cesse. L’air est frais, il y a souvent du brouillard à travers lequel le soleil brille également sur l’église, la mosquée et le temple. Nous ne restons qu’une nuit mais c’est assez pour se reposer et se mêler à la vie locale et déguster samossa, piments frits et autres mets aux consonances indicibles.


Le lendemain nous prenons le chemin de Kumali et de sa réserve naturelle aux 42 tigres. Après 4H de routes de montagnes nous allons assister à une démonstration de Kalari, le plus ancien art martial. Une petite arène locale (avec une américaine que nous avons rencontrée à l’hôtel, nous sommes les seuls blancs), de la terre battue et 5 combattants pluridisciplinaires sur une musique envoûtante. Après tout ces efforts il est à nouveau temps de reprendre des forces en savourant le poulet frit des échoppes de la rue qui nous accueillent avec une extrême gentillesse et sans même nous soutirer plus d’argent qu’un autochtone (surprenant voir trop gentil). Au réveil du second jour, c’est la première fois que nous chaussons nos bottes de trek pour partir 8H dans le fameux sanctuaire du Periyar. Longues ascensions, descentes boueuses en raison de la pluie qui s’abat sur nous le matin mais que d’émotions à la vue de toutes ces merveilles de la nature : outre le décor qui nous coupe le souffle, nous restons bouche bée devant cerfs, bisons, éléphants, singes… sangsues ! Et oui, elles sont absolument partout et sans nos chaussettes spéciales, nous n’aurions plus de sang à la fin de cette journée éblouissante mais épuisante. Le soir, inutile de vous dire que la fatigue nous tombe dessus comme une chape de plomb.


Il est temps pour nous de nous rapprocher de Trivandrum d’où nous quitterons l’Inde dans 2 jours. Le voyage est désormais une formalité même si 4H de route, 4H de train en classe sleepers (c'est-à-dire la dernière classe, sans clim) et 45min de tuk tuk peuvent donner envie de gagner l’euromillion juste pour pouvoir se payer un avion ! Cependant, la plage de Kovalam  nous attend avec ses pêcheurs qui amassent des tonnes de poissons frais sur la plage. Sans plus attendre nous en appelons à notre instinct primaire : l’apéro sur la plage en attendant que grille le snapper de 1,2kg, le tout pour 8€ ! Se la couler douce est aussi un témoignage de notre amour pour ce pays aussi épuisant que fatigant ! La vie est un long fleuve tranquille et mon dos est un barrage que je dois faire sauter une fois pour toute ; un massage ayurvedique de bon matin pour me remettre sur les rails et une journée plage ne peuvent pas me faire de mal.  C’est dimanche aujourd’hui et tous les indiens de la région aiment venir ici pour passer la journée à chasser les vagues, pic niquer sur la plage et faire du surf. L’ambiance ici est toute différente du nord… c’est la magie de l’Inde.


Multitude de paysage, de culture, de nourriture… fascinant et éprouvant !

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Lundi 30 septembre, premiers pas en terre inconnue, l'Inde!

Ça y est, le tour du monde est lancé et notre initiation ne manque pas de rebondissement. A peine arrivés à Delhi et nous voilà confronté à la brûlure indienne! 5H du matin, notre rickshaw (tuk tuk) ne connait pas notre hôtel et donc nous balade un bon moment en attendant que nous haussions le ton, un test, une entourloupe ? Il nous amène donc dans une « office de tourisme » qui s’avèrera être une agence privée. Là nous appelons notre hôtel qui nous annonce avoir vendu notre chambre à un meilleur acquéreur. En plein festival de Delhi, plus de chambre à moins de 350$. Welcome to India !

Même si nous avons songé à nous réfugier à l’aéroport et envisagé un départ immédiat, il en fallait plus pour nous empêcher de vivre la suite… nous engageons un driver car aucun bus, ni train selon le faux office du tourisme. Direction Agra, bye bye Delhi, notre destinée ne croisera pas longtemps tes rues bondées, appitoyantes  et  moribondes. 4H de route pour se reposer et faire connaissance avec notre nouvel ami, Ali. Nous vous passerons les détails touristiques des trois jours qui suivirent : incroyable Taj Mahal à jamais dans le fond de nos pupilles émerveillées, fort d’Agra, premiers chicken massala et senteurs d’épices, Monkey Temple habité par plus de 300 singes en honneur à Hanuman, Jaipur ou ville rose et ses innombrables palaces où Maharaja régnaient jadis (moins en ces temps de démocratie), magie du tissage et de la taille de pierres précieuses… il fallait au moins ça pour oublier d’où nous venions et comprendre pourquoi l’Inde impressionne tant. Nous commençons à saisir aussi pourquoi toutes les religions peuvent se côtoyer ici sans heurts ou presque ; les palais sont à la fois hindous et musulmans aussi bien par l’architecture que par l’histoire (l’Inde est à 75% hindous et 20% musulmanes puis Sikh, Bouddhistes et Chrétiens). Le respect des autres est de mise et ça fait du bien.

Mais l’Inde c’est déjà aussi toutes ces rencontres incongrues avec des personnes curieuses de nous approcher, des multitudes d’odeurs parfois même agréables dans les rues, du bruit, des vaches, du danger en tout genre (sans parler pour autant d’insécurité) qui a fait naître en nous, ne nous le cachons pas un semblant de méfiance. La misère et le tourisme donnent naissance à un sentiment étrange de solitude car il nous est impossible de faire confiance à qui que ce soit pour l’instant, sûrement à tort mais c’est plus fort que nous (l’occident coule encore dans nos veines).

Je vous écris ces quelques mots dans le bus qui nous amène à Jodhpur, 7H de route pour préparer notre nouvelle vie en Inde, celle qui nous délivrera de nos inquiétudes et nous mettra face à face avec la réalité de ce pays. Fascination : désir et crainte.

Au fait, pour le moment aucune trace de vin, même le fait de parler du vin indien aux autochtones  est déroutant : nous leur apprenons une chose sur leur pays où l’alcool est proscrit par la plupart de leurs religions.

JODHPUR to JAISALMER : c’est l’histoire d’un bus…

Nous quittons Jaipur pour Jodhpur. L’intérêt touristique comme beaucoup de villes indiennes réside dans la vieille ville. Toute de bleu vêtue, nous apprécions la vue de notre hôtel « Cosy Guesthouse » et l’accueil de nos hôtes. L’ambiance est plus tranquille ici. Peut être ressemblons nous moins à des touristes tout juste sortis de leur œuf mais toujours est-il qu’il fait bon se promener dans les ruelles sans avoir à se justifier de ne pas tout acheter tout le temps. Notre apprentissage avance, nos découvertes aussi. Sur le chemin du fort, nous assistons au cérémonial matinal des ablutions dans un lac accompagnées de prières hindi : envoûtant! La longue visite de Jodhpur (Fort, Clock Tower, Bazar…) se conclut par un diner à notre hôtel avec d’autres backpackers.

Le lendemain tout bascule, direction Jaisalmer dans le désert de Thar ; pour cela nous nous rendons à la bus station plus connu sous le nom de jungle ; aucun respect de file d’attente, tout inscrit en hindi, nous sommes l’objet de tous les regards mais pas de soucis, on joue des coudes pour accéder au guichetier qui nous informe qu’il y a un bus public qui part dans 2 min… on accepte. Le bus est bondé, il fait 40° et 60° dans mon pantalon en nylon, nous sommes debout entre nos valises et les marchands de produits miracles qui font leur dernière démonstration avant le départ pour 6H de balade; les portes du pénitencier se referment derrière nous et soudain celles du paradis s’entrouvrent : le chauffeur ouvre sa cabine et nous fais signe d’entrer sans le moindre de signe d’affection à notre égard. Nous calons les valises derrière son siège sur son commandement, je m’insère dans un coin prévu pour moi quand j’avais 12 ans ! Nous sommes désormais à 20 cm du pare-brise et serons les premiers à voire que le code de la route en Inde à sans doute été rédigé sous l’emprise de drogues dures. D’ailleurs, le chauffeur après 200m, réussit l’exploit de perdre 12 points en un seul coup : feux rouge, ceinture, refus de priorité, dépassement sur la gauche….  Concernant la transpiration, elle est la bienvenue finalement car elle nous évite l’envie pressante d’uriner qui se solderait sans doute par un épisode que je n’aurai sûrement pas raconté ici même. Parfois, l’espoir renaît, le bus s’arrête, des passagers en descendent mais aussitôt plus encore nous rejoignent accompagnés de l’insupportable Madame Chaleur et Monsieur Infection. Pendant ces arrêts, les locaux nous tendent des ravitaillements à prix doux (ex : 10 cts pour un cornet de boulettes au cumin) et pourtant cela semble leur donner l’immense joie de nous avoir arnaqué en beauté. Nous en sommes à 6L d’eau chacun et le chauffeur de nous n’a toujours pas adressé le moindre sourire quand tout à coup, il nous tend sa bouteille d’eau ! Que faire ? Je fais le bon choix d’accepter et de boire sans toucher la bouteille (c’est ainsi que cela se fait en Inde, je ne suis pas une chochotte !) ; Holly, elle, refuse et devra donc faire semblant de ne pas avoir soif jusqu’à la fin du voyage pour ne pas le vexer ! Le soleil va plus vite que nous et passe donc devant le bus pour en faire un parfait autocuiseur pour mon front. Heureusement, le chauffeur a tenu ses promesses sur l’horaire et nous arrivons enfin à Jaisalmer dans un état proche de celui d’une éponge trempée dans l’huile vidange puis séchée sur un toit en taule.

Vous l’aurez compris, les transports en Inde sont des moments inoubliables. Les 12H en nocturne pour rejoindre Udaipur hantent encore les nuits d’Holly : elle a lancé un amortisseurothon pour le bus et a écrit une lettre au Président pour lancer une campagne de grands travaux… nous attendons la réponse ! Je vous écris ce modeste pamphlet dans le bus qui nous amène enfin à Nasik où nous oublierons tout nos petits soucis de transport avec du bon vin j’espère.

Plantés dans le désert de Thar...

 

Jaisalmer est situé dans le désert de Thar, proche du Pakistan. Nous voulions un moment de romance unique, tous les deux dans le désert pour 3 jours et 2 nuits sous la voie lactée.

1H de Jeep suffit à nous amener à notre guide Bengali qui nous conduira en chameau à l’endroit de nos rêves. Le spectacle est grandiose : de vastes étendues peuplées de paons, biches, chouettes, lézards, du sable, de la pierre, de la végétation parfois pas… une diversité qui empêche l’ennui et qui fait presque oublier la chaleur ! Bengali nous arrête pour nous cuisiner de bons petits plats (cf. recette de curry végétarien) avec son apprenti, une sieste pour attendre qu’il fasse moins chaud et c’est reparti… jusque là c’est parfait !

Nous arrivons le soir sur la dune de nos rêves.

Tiens un scarabée ! Je propose à nos deux loustiques de leur montrer un film sur mon ordi pour leur faire plaisir. Une couverture sur le sable et nous voilà tous les quatre au milieu du désert, seuls au monde. Tiens, des trous dans le sable ! La nuit tombe. Ce qui semble intéresser nos hôtes sont les films d’amour, comprenez scènes de sexe et « gros nibards à tous les étages ». Nous devons donc essayer 6 films avant de les satisfaire, la gêne n’est pas indienne. Pendant qu’ils s’excitent devant un vieux film pourri qui débute avec une scène ne respectant pas tous les versets du Coran (bengali est musulman), nous nous allongeons pour observer les étoiles. Tiens une centaine de scarabées volant ! Tous sortis de leur trou, ils s’affèrent vers les boulettes fécales de nos trois chameaux pour les rouler jusqu’à leur planque en passant si proche de nos nez que je pouvais deviner ce que les chameaux avant eu au déjeuner. Au fait, nous n’avons toujours pas vu comment nous allions dormir. Nous tentons de rester zen et de faire tout de même de ce moment, notre moment. Nous observons l’immense voie lactée et entamons un concours d’étoiles filantes. Dommage que DSK et Tiger Woods à côté se sentent obligés de commenter le film en dialecte du désert. Mais notre amour est plus fort et le spectacle sous nos yeux est comme un feu d’artifice et pour que cela soit encore plus vrai il nous manquait le son des pétards et fusées ; les chameaux ayant fini de dîner s’en sont chargé. Le trio de cuivre pouvait commencer : Louis Amstrong à la trompette accompagné d’un trombone et d’une tuba. Une symphonie en 5 actes qui ruine tout nos espoirs de romance d’autant que ça ne reniflait pas le pétard mouillé mais plutôt les toilettes d’aires de repos de l’A6 au mois d’août. L’image du Taj Mahal, symbole de l’amour semble bien loi de là où nous sommes !

Bien entendu, ce n’est que la face amusante de ce périple qui restera dans nos mémoires comme une somptueuse aventure ; 3 jours qui nous rappellent que nous ne sommes que des grains de sables dans le désert.