VENI VINO VICI
VENI VINO VICI

La Nouvelle-Zélande, le best of

Je suis dans l’avion au départ de l’île de Pâques quand je commence cet article, il y a 15 jours que nous avons quitté la Nouvelle Zélande. Notre choix de vivre l’aventure en van retarde le boulot, faute d’électricité et d’internet. Et là, je dois vous dire que l’idée de commencer à raconter la Nouvelle Zélande me parait être aussi compliqué que de traduire la bible en langage des signes. Un pays aussi variés, éclaboussant de merveilles naturelles et autant d’aventures en si peu de temps ne peuvent être racontées en un article. Cependant, nous ne sommes pas là pour bavarder, je ferai la chose bien, je ferai la chose vite comme disait le bourreau avant l’exécution.

ILE DU SUD

Effroi incroyable à l’arrivée. Christchurch a été littéralement dévastée par le tremblement de terre d’il y a 4 ans et semble bien loin d’être  remise sur pied. Il fait gris ce qui n’arrange pas le tableau et ce qui rend notre accoutrement sorti tout droit de la plage de Bondi Beach en Australie complètement à côté de la plaque (tectonique bien entendu). On se les gèle un peu mais rien n’altère notre joie d’arriver dans le pays de mes rêves les plus fous. Prise en main de notre nouveau véhicule, remplissage de victuaille dans la glacière et en route Simone, c’est moi qui conduis, c’est toi qui klaxonne ! Direction les grands espaces, direction Mount Cook en passant par les Lacs Tekapo et Pukaki et là c’est la première grande claque tellement le paysage qui s’offre à nous met un genou à terre. C’est parti pour un mois de défilée de cartes postales et autres reportages National Geographic…

On prend connaissance des controversés DOC, aires officielles de camping prévues par les autorités contre une modique somme (en moyenne 6$/pers/nuit). Pas de temps à perdre, on se met en jambe avec une petite balade au Blue Lake et notre premier glacier avant de poursuivre avec une plus longue marche pour encore plus de beauté et de glaciers. Deux nuits plus tard, c’est reparti, on descend plus au sud, expérimentons notre premier camping sauvage dans le Central Ottago près de Cromwell. Un arrêt sur la route après avoir été aguichés par la pancarte « possum pie » lesquels possums sont aujourd’hui la peste et le cholera de l’île puisqu’ils sont plus de 70 millions, soit autant que les moutons mais c’est moins vendeurs dans les guides. Sur les conseils du meilleur ami d’Holly, un kiwi, nous allons même jusque Bluff à l’extrême sud de l’île, face à Stewart Island pour tenter de goûter les « meilleurs huîtres du pays ». Flop. Tout est fermé, l’endroit comme tout ce que nous avons traversé est dépourvu d’âmes qui vivent ou presque ! Tout cela n’a aucune importance puisque la route est toujours pleine de surprises, n’importe où en Nouvelle-Zélande. On a un peu froid ici dites donc ! Allez, on remonte et on se cale tranquillement à Queenstown, ville touristique mais superbement placée au bord du Lac et au pied des montagnes, un semblant de décor alpin! On trouve un camping DOC à quelques kilomètres de la ville, où l’on prendra nos douches dans le lac même si la température de l’eau nous y décourage au premier doigt de pied. Là, on se détend, footing, apéro, fish & chips et même un peu de shopping, au diable l’avarice! Mais tout ce monde fait un peu peur après les derniers jours de traversée du désert… encore une petite virée à ne manquez sous aucun prétexte (ne serait-ce que pour la route) à Glenorchy où furent filmées de nombreuses scènes de Lords of the Ring.

 

Ça suffit ! Les paysages à couper le souffle commencent à me donner soif bon sang de bonsoir : Gibbston valley (Central Ottago) nous voilà ! Dés le premier arrêt c’est le plaisir qui submerge mes papilles, Pinot Noir de haute couture et délicatesse des arômes de cette fraîche vallée qui nous amène jusqu’à Cromwell pour nous remettre de nos émotions au bord du Lac Dunstan. On aurait bien aimé résister mais après le footing du lendemain, voilà que le temps vire au gris et qu’un vignoble nous temps les bras. Promis un dernier et on y va… le lac Wanaka nous accompagne jusqu’à la côte ouest puis c’est l’heure de replonger dans l’univers des glaciers avec Fox Glacier et Franz Joseph… c’est unique avec la Patagonie d’avoir de telle glaciers à cette latitude.

 

Balade quand tu nous tiens, les jambes sont lourdes au réveil puis s’élancent à nouveau attirées par la magie des spectacles qu’offre la côte. Arthur Pass, au beau milieu de l’ile est notre prochaine destination mais le jeu de la « Réserve d’Essence » décale notre arrivée puisque la panne arrive quelques centaines de mètres avant le sommet de la route, à l’endroit parfait évidemment. Cet endroit parfait a la bonne idée de se nommer Devil Corner, en plus d’être situé dans l’endroit le plus inquiétant du monde. Heureusement la nuit tombe. Nous dormirons donc au bord de la route légèrement terrifiés par un bruit sur le toit avant de comprendre qu’il s’agissait d’un Kea, moitié rapace, moitié perroquet, très joueur surtout avec les joints de portes ou l’antenne de radio. Le lendemain, nous déjeunons avec notre ami Kea puis mettons notre pouce vers le haut au bord de la route. Premier camion, premier servi ! Le routier est super et nous amènes à la station la plus proche ; un couple d’américains nous reconduira à notre voiture par la suite. Vu que la nuit a été bonne, on se permet une marche de 6H pour gravir un des sommets de la région et admirer les paysages entre montagnes, cours d’eau et larges plaines : que la montagne est belle comme disait l’autre.

 

Mais la mer aussi… alors on se met en mouvement s’il vous plait. Au fait, pour ceux qui s’inquiètent, nous n’avons toujours pas vu de Kiwi et pour cause, l’oiseau symbole du pays est rare, nocturne et taciturne : il relève donc du miracle d’en voir un sans aller volontairement à leur rencontre dans un trek nocturne.

Ceci étant dit, nous voilà au nord ouest de l’île du sud en ayant traversé quelques vignobles sans s’y être arrêté. Les bonnes manières se perdent.

Le camping de Totaranui est difficile d’accès mais il est le point de départ idéal pour un fabuleux trek de 8H au cours duquel nous observerons des phoques près de Separation Point, les plages les plus belles du pays et une végétation luxuriante même si gravir Gibbs Hill en fin de parcours a bien faillit nous coûter notre récente amitié avec la marche. Pour la peine, nous trouverons un camping, un vrai pour le lendemain, avant d’aller observer le sauvetage des baleines et l’immense bande de sable et les dunes à Farewell Spit. Ai-je dit « sauvetage » ? Oui mais pas le jour de notre venue ; tout excités de voir nos premières baleines, nous arrivons sur la plage et constatons le chaos : elles sont 13 échouées et sans vie devant nous. La marée a été plus forte, les bénévoles n’ont rien pu faire, c’est terrible. Nous entamons notre marche tout de même, le cœur serré et puis nous comprenons au vue des cadavres offerts aux oiseaux que la chose est récurrente mais rarement dans ces proportions. Les dunes de sables nous rappellent le désert de Thar en Inde mais ne nous le cachons pas, l’horreur du matin a attristé notre journée sans que personne n’y puisse rien.

Le soir pour clôturer cette journée tuméfiée, nous dormons sur un parking que la ville de Nelson met à disposition des voyageurs. La nature me manque et il faudra bien, à la manière d’un enfant pourri gâté, l’achat de la réplique de l’anneau de Lords of the Ring chez l’artisan de l’original pour me consoler. L’anneau en poche, je me sens comme Frodon en quête de ma destinée : je la trouve assez rapidement puisque nous traversons Havelock, « capitale de la moule ». L’arrêt est inévitable, les moules y sont succulentes, vertes et beaucoup plus grandes qu’en Europe, Je retrouve des forces, assez pour faire route vers la seule et unique région de Marlborough (n’ayant rien à voir avec le cowboy qui clope mais plutôt avec le vigneron qui améliore et prolonge la vie du raisin), saint siège du cépage Sauvignon Blanc.

Les 3 jours suivant entre Picton, Blenheim et Renwick se résument, si résumé il doit y avoir, à de la plage, de la dégustation de vin (détaillée dans l’article sur cette région), un trek annulé cause de pluis dans le Queen Elisabeth Sound, donc plus de dégustations, quelques promenades et une crevaison, le piment sur le gâteau!

Et puis soudain, nous y sommes, le ferry largue les amarres, laissant derrière nous la dépeuplée Île du Sud et ses derniers Sounds, sorte de Fjords kiwi comme un cadeau de départ. Nature, Nature et encore Nature. Même si Holly a légèrement hâte d’un peu plus de civilisation, j’ai cette étrange sensation qui nous foudroie avec chaque départ de pays comme si le sud et le nord n’appartenaient pas au même pays ; N’allais-je plus ressentir cette impression d’isolement qui rendait le spectacle plus particulier ?

ILE DU NORD

Et là c’est le choc ! Wellington apparait comme une mégalopole a nos yeux plus habitués à l’urbanisme. Du trafic sur la route, des tours, du bruit. Allons chercher du calme au musée de Te Papa comme un sas de décontamination de sauvagerie. Musée ludique et très intéressant qui nous occupe un bon moment avant de reprendre la route du vin, direction Martinborouh, petite région mais dont le charme pénètre même à l’intérieur de la bouteille (Cf. article Martinborough). Quoi de mieux pour se remettre de ses émotions que de plonger dans le plus profond de la plus si-Nouvelle-que-ça-Zélande… d’ailleurs il est bien temps de passer une petite soirée avec un vrai bushman ! Habitant depuis plus de 15 ans dans un DOC perdu au milieu de nulle part, Fawlty (surnom venant de la série Fawlty Tower à se pisser dessus pour les fans de Monty Pithon) pourrait faire un peu peur au début surtout quand vous constatez que deux possums viennent d’être dépecés, leur peau séchant au dessus des corps dans la forêt avoisinante ; pourtant, Fawlty est l’homme des bois heureux d’accueillir les gens de passage ; déclaré invalide, il ne peut plus se permettre de vivre dans un logement digne de ce nom mais rien ne lui enlèvera sa joie de vivre et de partager des bons moments au coin du feu. Inoubliable Fawlty!

 

Le cercle vicieux de l’amor vinum se referme puisque pour noyer notre chagrin, nous échouons dans les vignobles de la région d’Hawkes Bay. Je connaitrais même un moment de nostalgie quand le Domaine Te Mata me présentera son Gamay, typiquement Beaujolais. Qu’il en soit ainsi, ce soir, ce sera salade lyonnaise et camembert ! Je décide de me ressaisir, de raser ma barbe et couper mes cheveux. La voiture pleine de vins, il nous faut aller au marché fermier de Hasting et chez un producteur de saucissons de cerfs de derrière les fagots pour continuer sereinement notre chemin. Gourmand et curieux je réussis même à goûter les coquillages Paoa à Napier mais on en restera là, Taupo nous attend !

 

Le DOC au sud du lac de Taupo est encore une fois perdu dans le bush mais peu importe, on n’est pas là pour ramasser du muguet ! Levé 6H30, direction le Tongario, marche de 25kms mythique avec le dernier volcan a avoir sévit il y a 1 an et demi. Le trek est tout simplement le plus beau que j’ai pu faire depuis que ma mère a crié « mon dieu, qu’il a une grosse tête, il est normal ?!! hein ? Il est normal Mme la sage femme ?! ». La mauvaise idée ici serait de ne pas être en forme avant de commencer le périple car la piste est rude avec les guibolles. Bien sûr, il y a une option quand on part assez tôt qui consiste à bifurquer à un moment donner pour gravir le Mont Tongario, Mount Doom pour les anglophones, Mordor pour les Seigneurs des anneaux ! Et là, rude n’est plus le mot approprié. Infernal, sans fin, à se demander pourquoi nous ne sommes pas allé sur le décor de la série « La petite maison dans la prairie » à la place de ce cône qui a sévit autrefois et qui continuer de brûler les gens aujourd’hui mais de l’intérieur. Bref, vous l’aurez compris, je me suis régalé ! Arrivé en haut : vapeur, odeur de souffre et la vue la plus récupératrice de l’histoire du réconfort. Derrière les montagnes enneigées, devant quelques volcans et le lac Taupo en toile de fond. J’ai presque envie d’y retourner à mesure que j’écris ce souvenir. Ce n’est pas infaisable, c’est à faire, un point c’est tout. Le reste de la promenade de santé ponctue les sentiers volcaniques avec des lacs bleus ou verts selon les émanations qui colorent l’eau, puis en guise de points d’exclamation se pose au dessus de votre tête un volcan toujours en activité qui fume comme fumait sans doute Gainsbourg. Et je peux vous dire que ça ne sent pas la gitane mais plutôt l’œuf pourri!

Le dernier exploit consiste à reprendre la voiture vers 17H, les jambes ressemblant à deux bouts de bois, pour faire 40kms à la recherche des sources d’eau chaude de Taupo. Génial ! Sur les bords d’une rivière se jette une source d’eau chaude pour former un bassin d’eau à température idéale pour s’y relaxer en fin de journée. C’est l’endroit de rencontre classique pour les locaux qui y prennent même l’apéro…

Je n’ai pas à préciser que nous sommes désormais dans une région à forte activité volcanique et géothermique. Le lendemain, c’est encore plus flagrant : Rotorua, au nord de Taupo, se détecte à l’odeur. Légèrement fatigué de la veille, nous décidons de visiter un village Maori situé au cœur de source chaude : Haka, dessin de tatouage maori (moko), tout y passe devant le regard habitué des habitants du village (qui ferme tout de même avant que les travailleurs rentrent de Rotorua pour les laisser profiter du privilège d’être né dans ce village). Une soirée camping au bord d’un lac, encore et toujours… rencontre avec un routard allemand plus roots que jamais qui m’initie à la pêche à la truite puis à l’anguille, en vain! 2 français nous rejoignent et le monde est à nous. Echange de bons plans oblige, nous partons au petit matin à Kérosene Creek, rivière perdue dans la forêt qui a ce petit détails surprenant puisque toute la rivière est chaude : le panard, un bain dans la nature isolée avant de se remettre en selle.

La suite : visite de Wai-O-Taipu non loin de là pour découvrir toutes le tour de magie que peut réaliser Mère Nature quand elle ouvre sa boite d’apprenti sorcier géothermique. Geysers, lac de boue bouillonnante, lagons bleus, verts, jaunes à être vu pour être cru!

C’est avec la tête pleine d’images incroyables que nous quittons Rotorua pour rejoindre la côté et passer 3 ou 4 jours dans les Coromandel, péninsule à l’Est d’Auckland. Sur la route, nous décidons de faire une après midi chill-out c'est-à-dire rien faire sinon lire, dormir et profitez de Opoutere Beach… c’est bon de prendre son temps pour se remettre de ses émotions parfois. Et comme le prochain DOC est un peu loin à notre goût, on se paie le luxe, on se paie un camping ! C’est à Hahei Beach (Cathedral Cove) que nous resterons pour la nuit profitant des infrastructures pour nous remettre à niveau (douche, laverie, vaisselle…), rien de passionnant pour toi lecteur mais jouissif sur le moment. Chargé à bloc, nous nous levons bien décidés à se rendre à Hot Water Beach, tellement décidé que j’y suis allé en courant ! Sur cette plage traversée par une source d’eau chaude sous-terraine, le jeu consiste à attendre la marée basse, choisir un endroit stratégique et creuser un trou avec sa pelle. Si le trou a été bien choisi, vous obtenez un véritable bain à 40°… sinon une bouilloire qui vous ébouillante ou un trou d’eau froide inutile puisque la mer à 5m est à la même température. C’est assez ludique, intrigant mais bon, on ne va pas y passer la journée, et puis il y a un peu trop de monde pour se sentir dans son bain. Le nord des Coromandel est bien plus tranquille ; pour cela il nous faut tracer la route, faire quelques haltes pour admirer les plages recommandées par nos anciennes rencontres sur notre chemin, emprunter des chemins poussiéreux et caillouteux, nous perdre quelques fois pour arriver au campement et profiter de la plage abandonnée, coquillages et c’est tout malheureusement! Cette région est décidemment sublime et ce n’est pas un hasard si elle devient la destination favorite des gens d’Auckland pour le week-end. On prolongera donc le plaisir et décidons pour cela de sacrifier l’extrême nord de l’île afin de prendre notre temps. Le prochain DOC est non loin de la ville de Thames au beau milieu d’une énième réserve naturelle, où nous manquerons de trouver la balade menant aux arbres Kaori mais étrangement pas la baignade dans les piscines naturelles qui se situait sur notre route… profitons, baladons, courons, petit patapon !

 

2H de route très tôt le matin pour nous lever et filer en douce du camp. La ville s’affiche sur le pare-brise de notre voiture encore légèrement orange même si la saleté pourrait faire croire  que c’est la vétusté qui a choisi la couleur. Auckland est donc la seule ville digne de ce nom que nous aurons croisé en Nouvelle-Zélande (Wellington, la capitale administrative, à bien moindre mesure finalement), à croire que les 4 des 5 millions d’habitants y sont concentrés. Nous avons donc la joie et le bonheur de subir nos premiers embouteillages et de réaliser combien le camping sauvage sera compliqué. Il est 12H, c’est l’heure du Superbowl, direction un pub sur le port pour un bon fish&chips et une pinte que l’on n’aura pas volée, bon dieu de bois ! Tout émoustillé, je prends rendez-vous pour le tatouage maori obligatoire avant de partir et nous sortons de la ville, direction les plages à l’ouest et celle de Kaiekaie est tout simplement extraordinaire. Dans le bon sens du terme car elle offre un spectacle fabuleux quand la mer déchaînée vient s’échouer sur l’étendue immense de sable noir ; dans l’autre sens aussi, puisque c’est la première fois de ma vie que je verrai autant de moustiques dans une voiture ! Un véritable enfer pourtant survenu alors que nous avions cuisiné dans le noir à l’extérieur en ouvrant qu’épisodiquement les portes du carrosse. La chasse durera 2H30 avant de décider de disposer notre moustiquaire à l’intérieur même de la Toyota ! La pire nuit de notre voyage sans aucun doute.

Nous ne savons pas où nous dormirons la nuit suivante mais nous savons où nous ne dormirons pas sacre bleu ! Une baignade furtive dans les eaux en colère, plus que nous encore et le capricieux petit garçon refait surface : je veux aller au Zoo ! Je n’aime habituellement pas les zoos mais celui d’Auckland est réputé mondialement pour donner un maximum de liberté aux animaux et surtout c’est le seul moyen de voir un kiwi avant notre départ. Le zoo s’avère être plutôt au-dessus de la moyenne sans remplacer la vision de ces chers animaux dans leur état naturel (la rencontre avec mes chers wallabis ne me donnera qu’un vague sentiment de joie) mais la magie opère à deux reprises : l’hurlement primaire des singes dont j’ai déjà oublié l’espèce et les Kiwis !!! Et oui, nous pénétrons dans une chambre isolée, dans l’obscurité et derrière le vitrage, le bush néo-zélandais est reconstitué ; rien en vue quand avec un peu de patience (en tout cas plus que la plupart des autres visiteurs qui sortiront sans attendre), le premier kiwi « nocturne » sort de sa cachette pour plonger son long bec dans la terre et y trouver bectance. Quand vous espérez tous les soirs avoir la chance de voir ce curieux animal, symbole du pays pour des raisons aussi farfelues que celles qui ont voulu faire du coq l’emblème de la France, c’est un de ces instants mérités qui vous donne le sentiment du devoir accompli.

Ainsi, la vie peut reprendre son cours, nous arpentons la banlieue sud d’Auckland et découvrons les différents quartiers de la capitale économique du pays. C’est intéressant mais envisager un campement sauvage ici est bien moins enthousiasmant ; nous virons à 180° et partons sur la côte nord où les plages pullulent et où l’herbe semble plus verte. Banco ! Séance Top Chef sur la plage, puis aidée de quelques rasades de bons vins, ceux qui réchauffent le cœur des hommes, Holly s’en va à la rencontre d’un couple dont le véhicule, garé face à la mer montante, fait jaillir une musique que l’on pourrait entendre à 10km de là. Cette rencontre sera une des plus étranges et surprenantes de notre voyage.

 James est là, à fond, transi au rythme des boomers, répétant 3 à fois les mêmes questions/réponses et sa femme qui l’aide à ingurgiter les quelques bouteilles de mousseux, roule cigarettes sur cigarettes. Très gentil mais un peu surexcité, à la manière d’un cocaïnomane qui vient de gagner aux courses, James est content de nous voir ou en tout cas de nous parler. Sans m’en rendre compte, je prendrai un bain de minuit, goberai deux oursins gigantesques sans même les nettoyer (expérience que je ne souhaite pas renouveler si la vie m’en laisse le choix), et aurai pris rendez-vous pour le café du lendemain matin dans une boulangerie française après l’avoir laissé me convaincre que dormir sur le parking du club de voile est la meilleure solution. Une tornade humaine que je pensais furtive mais la rencontre matinale fut encore plus excitée ! Accroché à son téléphone, il réussit en 15 minutes à prendre un petit déjeuner, discuté avec nous, régler un problème technique professionnel, m’accompagner dans un supermarché pour décider du vin qu’il fallait que j’achète et nous présenter à la responsable d’un pressing pour qu’elle prenne soin de notre linge… tout ceci, sans respirer (ça aurait été une perte de temps) et en transpirant tout l’alcool de la veille. James 2 – La vie 0 !

Après avoir plongée une dernière fois ma tête sous l’eau de l’océan en attendant notre linge, il est temps de me mettre sur la table d’opération, il est temps de me faire tatouer. Est-ce la gueule de bois, est-ce le style maori, les 3H qui ont été nécessaires pour ce « moko » ont été bien longues… mais je ne les échangerais pas contre une après-midi dans le métro parisien! Le combat est fini, c’est l’heure de la récompense : la pinte de Guinness sur le port. On en reprendrait bien une deuxième ? bon ok. Bonjour Kevin. Blabla. Tu travailles sur les bateaux et tu connais bien Antibes et les environs ? Tu prendras bien une pinte alors… blablabla… oui, volontiers une guinness stp… blablabla… une dernière et on y va ! bref, le coup classique, le piège que l’on a même pas tenté de déjouer. En manque d’inspiration, on retourne sur la côte nord, on change de spot, on rencontre deux suisses-allemands qui viennent d’arriver, on dort comme des plombs ! La journée a été dure.

C’est le dernier jour, il est grand temps de reprendre du service et d’aller goûter les vins du nord de l’île, autour de Kemeu. Deux dégustations (cf article) car le temps presse et nous avons rendez-vous pour une bière ou deux avec le frère du meilleur ami d’Holly. Le soir, nous trouvons un superbe emplacement face au pont d’Auckland, vue sur la ville illuminée. Deux bretons forts sympathiques nous invitent à boire un coup (ça faisait longtemps). On leur donne tout ce qu’il nous reste de comestible, on leur vend même notre gazinière et surtout on leur confie nos deux verres à vin, qui nous ont accompagnés tout au long du voyage mais trop fragiles pour supporter le voyage jusqu’au Chili. Au revoir merveilleux souvenirs, au revoir voiture orange (nommée Ming par la compagnie de location), au revoir GMT +, bonjour GMT - .