VENI VINO VICI
VENI VINO VICI

Le pays du sourire... peut-être pas pour longtemps!

Avant le départ... beaucoup d'ignorance!

Là pour le coup, ça va être un grand moment de solitude! J'ai contacté mon père qui habite à Petchaburn au nord de la Thaïlande pour lui annoncer notre périple et notre intérêt à découvrir les vins de chaque pays; il m'a tout simplement déconseillé toute dégustation en Thaîlande si je ne voulais pas me brouiller définitivement avec le vin! Il semble que les thaï ne concoivent pas toujours le vin comme nous autres, l'acidité est une bonne chose pour le vin mais jusqu'à un certain point. L'exportation reste pour le moement destinée aux restaurants Thaï à l'étranger, il doit y avoir une raison!

On ne peut donc pas s'attendre à de la grande voltige vinicole mais le passage en Thaïlande restera quoiqu'il arrive mémorable pour notre palais (s'il n'est pas brûlé à jamais!).

  

Cependant je pense que la Thaïlande a largement évolué sur le plan de la vinification de ses vins notamment avec le soutien des investisseurs européens. Je ne serais pas surpris de goûter du vin de qualité entre deux vinaigres.

Le saviez-vous?

* La première récolte vendue en Thailande date de 1995

 

* Il existe des vignobles flottants à Bangtorad appartenant à la Siam Winery.

Il vous faut une pagode pour aller de vigne en vigne et récolter les raisins. (cf-photo)

 

* Le fondateur de la Siam Winery a fait fortune en investissant dans la boisson RedBull dans les années 80 et a ensuite donné goût au vin en Thaïlande en lançant la boisson Spy Wine, un mélange de vin, de soda et d'hibiscus!


* Il existe 3 grandes régions productrices de vin en Thailande:

- NORD => province de Loei (à 1H au sud-ouest de Ventiane, capitale du Laos) où l’on trouve le Château de Loei et le Chateau Shala One un peu plus au sud.

- NORD EST de Bangkok => Khao Yai. les vignobles de la vallée du Dr.Piya Bhirombhakdi (PB valley) et GranMonte à l'ouest de la vallée et le Château des Brumes à l'est.

- SUD OUEST de Bangkok => delta de la Chao Phraya, avec la Siam Winery 

 

* Les conditions climatiques (tropicales) du pays permettent 2 récoltes/an.

 Evidemment, cela ne permet pas une bonne concentration dans la baie. Les domaines sacrifient donc souvent la vendange de septembre pour se concentrer sur celle de février.

 

* Monsoon Valley, gamme de vins de la Siam Winery possède un rosé à partir de cépages locaux (ex: Pok Dum) dont le millésime affiché est calé sur l'ère bouddhique et non sur le calendrier grégorien.

 

ON Y EST !!!


Un mois en Thaïlande, le paradis en termes d’accueil, de paysages et de gastronomie. Nos doutes sur le vin sont un détail, l’ivresse ici est ailleurs. Toujours accompagnés de nos amis au début de notre périple, nous nous laissons aller à toute sorte de défis culinaires (criquet, crapaud, scorpion, vers à soie et j’en passe) ; nous choisissons aussi respectivement notre bière favorite (Chang, Singha ou Leo) que les thaï boivent souvent avec des glaçons. Plus tard chez mon père à Petchabun, nous apprenons qu’en Thaïlande (non-touristique) on apporte son alcool au restaurant si l’on veut. La vente d’alcool est aussi réglementée : pas de vente d’alcool en commerce entre 14H et 17H et entre 00H00 et 11H. Nous ne sommes pas là pour ça mais pour déguster du vin, ces données sont importantes.


La Thaïlande et le vin, une histoire qui date puisque c’est en 1986 que Chalerm Yoovidhya fonde la Siam Winery dans le sud est de Bangkok après avoir été un des principaux actionnaires de Red Bull. Il eu l’envie de donner le goût du vin au peuple tha¨et commença par lancer une boisson à base de vin nommé spy, maintenant développé en de nombreuses variantes d’apéro et qui se vend à plus de 90 millions de bouteilles par an !

Bref, le vin est ici une question de business ne nous le cachons pas. Les thaïs ne boivent toujours pas de vin et il est même très difficile d’en trouver dans les restaurants en dehors des places touristiques. Ici, lors d’un repas, on boit de la bière et surtout du whisky (avec soda ou eau). A leur décharge, les vins thaïs sont handicapés par un niveau de taxes qui les obligent à vendre leur bouteille plus chères qu’un vin français en cave ; par exemple, les meilleurs vins que nous avons dégustés chez PB Valley se monnaient au vignoble même entre 1800 et 3500 baths (45 à 85€) ! Le vin est donc considérer comme la boisson des riches et le beau rôle pour les vins revient donc aux vins du nouveau monde, tout doux et pas chers !

 

1er châpitre : Le Château de Loei

Nous avons commencé nos visites de vignobles par le Château de Loei, dans les plateaux de Phurua, à 20 km de Dan Raï dans le conté de Loei. Les routes de montagnes pour y accéder de Petchabun sont splendides surtout en moto. Là-bas, rien d’indiqué en anglais et le thaï n’est pas une langue facile pour nous autres européens ! Heureusement, il y avait eu un concert organisé deux jours avant dans le vignoble et les panneaux étaient expressifs. Nous arrivons d’abord à la boutique à l’entrée du domaine présent depuis 1995 : première déception. Nous sommes loin d’une ambiance vinicole, il s’agit d’un mini supermarché avec salon de thé où personne ne connait rien au vin qu’ils vendent… admettons !

Nous achetons trois bouteilles, une syrah 2012, une syrah réserve 2004 et un chenin 2010. A savoir que la syrah réserve coûte 800 baths soit 20€ à cause des taxes soit mais nous nous attendons à quelque chose de maîtrisé. Un peu déçus mais toujours motivés nous allons donc dans le vignoble où rien encore ne semble indiqué que nous sommes arrivés à bon port ; nous ferons donc le tour des vignes à moto seuls et constaterons un manque de soin de la vigne, des paysages magnifiques et une irrigation à outrance malgré un climat frais approprié à la vigne.

Sur le site, le vignoble est décrit comme ressemblant à la France mais je n’ai jamais vu de Jack fruits au beau milieu d’un vignoble français ! Ceci dit, il est vrai que les paysages sont surprenants et le climat très différents de celui que nous avons connu à 60km de là.

A la fin de notre escapade, nous arrivons par chance à la winery. Je vous la fait rapide mais en gros voilà ce que nous avons vécu : « Sawa di ka » (bonjour), 4 verres à shot nous sont présentés sans avoir rien demandé et deux vins dont les bouteilles sans étiquettes devaient être débouchées depuis un moment, nous sont servis… étrange approche du vin mais ne jouons pas les snob. Le premier s’est avéré être une syrah 2012 qui présentait vaguement les caractéristique de ce cépage mais en version diluée ou allégée. Ensuite viens le chenin 2004 et c’est une agréable surprise puisque le fruit est exubérant même si la longueur en bouche est trop courte pour en profiter. Nous voilà donc en face d’une jeune femme souriante mais muette sans savoir ce que l’avenir nous réserve. Nous achetons encore une bouteille de chenin 2004 pour faire plaisir et demandons à visiter les caves en langage des signes, un signe de la tête nous fait penser que nous pouvons aller voir par nous même. Nous entrons donc dans ce hangar où des grandes cuves inox se succèdent, un peu plus en retrait pourtant une pièce pour le vieillissement de la Syrah Réserve en fût de chêne.

Sur notre fin, bouleversés mais compréhensifs nous rentrons au bercail pour finir la dégustation dans un restaurant avec mon père et un ami (la femme de mon père étant thaï ne boit pas de vin) avec les bouteilles achetés au domaine. Je commence par raconter notre journée, par expliquer que le coq, emblème du château de Loei, vient de l’année de naissance du fondateur, l’année du coq. Venons en à la dégustation : le chenin 2010 est tout simplement oxydé donc imbuvable mais au vue des conditions de stockage de la boutique du château, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Puis, nous goutons la syrah réserve qui là enfin présente des signes de qualité : corps léger, faible tannins mais en bouche des épices et du fruit confit qui nous fait penser à un côte du Rhône, mélancolie quand tu nous tiens !


A noter que nous n’avons pas goûté le chenin doux car même sa médaille à je ne sais quel concours ne mérite pas le prix de 40€ la bouteille de 50cl. Malgré cela, nous avons appris de cette journée que l’approche du vin est différente : les vignobles sont là pour des tours operateurs avec guide, pas pour les gens de passage amoureux du vin. Souvent, sur les sites des vins thaïs on est souvent amenés à se rendre à Bangkok dans leur bureaux commerciaux et non au cœur de leurs terres. Le vin est un produit et ça attriste un peu de le constater mais nous n’abandons pas là notre découverte d’un nouveau « New latitude Wine ».


La réputation de Château de Loei était très bonne autrefois mais depuis la disparition de son fondateur, c’est son fils, trop occupé avec son entreprise de construction (leader en Thaïlande) qui a repris le flambeau. Un fort potentiel mais délaissé pour de bonnes raisons.

Deuxième expérience plus rapide encore !


Nous sommes à Bangkok, nous avions contacté la Siam Winery mais sans réponse. Nous avons prévu de partir sur une île et comme les vignobles flottant de cette « société » sot à 30kms nous décidons de faire un détour. Après quelques galères pour trouver l’endroit, nous demandons à l’entrée s’il est possible de visiter l’endroit. Personne ne parle anglais donc pas de problème, j’appelle belle-maman qui traduit : il nous faut nous habiller manches longues, pantalons, chaussures fermées c'est-à-dire plus couvert qu’au temple du Bouddha d’émeraude ! Pas de soucis jusqu’à ce qu’un responsable rappelle à l’accueil qui ressemble plus à l’entrée d’un site secret gouvernemental et nous dise qu’ils n’ont pas le temps de nous recevoir !


Alors là, je suis partagé : aurions dû nous passer par un tour opérateur pour voir ce qu’ils cachent derrière ces barrières métalliques, aurions dû nous attendre qu’ils répondent à nos mails du mois de juin, juillet et septembre, ou devrions nous être heureux de ne pas goûter le vin issu de vignes donc la récolte se fait en pirogue pour le plaisir des touristes et des amateurs de l’expression « faire pisser la vigne » ? Cher lecteur, nous sommes dépassés par les évènements, le vin est bien ici une valeur marchande et je ne suis pas naïf, il l’est aussi ailleurs mais nous avons l’élégance d’en faire croire autrement. Adieu Siam Winery, si j’arrive à trouver votre vin un jour, je tenterai la dégustation car je ne suis pas rancunier mais ce n’est pas gagné ! Nous avons par contre goûté votre Spy margarita qui est ma foi fortement rafraichissante sur la plage qui a succédé à ce fiasco !


Plus tard, nous apprendrons la philosophie de ce vignoble. Pour éviter les taxes, ils importent du vin australien, sud-africain ou chilien (Perter Valley et MontClair étant les marques de revente) et ajoute du fruit wine (c'est-à-dire du jus de fruit) : le résultat est un semblant de vin édulcoré donc apprécié et beaucoup moins cher. Cela ne les empêche pas d’écrire « Cabernet Sauvignon » en gros sur la bouteille et « Fruit Wine » en tout petit derrière ! La loi a changé il y a deux mois de ça au jour où je vous écris mais le gouvernement ferme les yeux sur les produits lancés avant cette nouvelle taxation ! Copinage et compagnie… 

Troisième tentative : PB Valley, ou comment renverser la vapeur !


Nous arrivons vers 18H à Khao Yai, réserve naturelle au nord est de Bangkok, là où se situe la Yai Winery de PB VAlley. C’est le seul vignoble en Thaïlande à avoir répondu à nos mails et l’accueil qui nous était réservé était de premier choix, au dessus de nos attentes! Le décor est sublime, les vignes sont bien traitées, et le logement qui nous est proposé est à la hauteur de mes rêves (un bungalow de bois, style british avec une terrasse donnant sur les vignes). Nous dinerons au restaurant du vignoble et goûterons enfin une bouteille de vin digne de ce nom : un shiraz « Sawasdee » 2011, PB Valley. Enfin du corps, de la complexité et du fruit ! Nous notons un besoin d’aération pour adoucir une attaque un peu franche et réduire le côté confituré et laisser place aux épices. Douce nuit…


Le lendemain matin, nous sommes attendus par Prayut Piangbunta, directeur et œnologue du vignoble. Il nous accorde une interview pour nous raconter l’histoire de PB Valley depuis 1989 ou comment Dr.Piya Bhirombhakdi, un membre de la famille fondatrice de la bière Singha, s’est lancé dans les vins de fruits en achetant « quelques hectares » dans cette vallée qui avant ce vignoble ne possédait même pas l’électricité; il s’agit d’une boisson alcoolisée et sucrée répandue en Thaïlande, toute sorte de fruits sont alors amenés en fermentation comme le raisin. Après cet épisode, le raisin a pris le dessus avec le malaga blanc. A cette époque, il y avait un autre vignoble près de Chiang Rai au nord mais le mildiou y était trop présent. C’était aussi le temps où l’on récolté le raisin deux fois par an. Mais la volonté et la capacité (climat tempéré, équipement et technologie) de commercialiser un « New Parallele Wine » de qualité a pris le dessus pour notre plus grand plaisir.

Le domaine produit aujourd’hui environ 150000 bouteilles par an avec des vignes de France, Espagne (Tempranillo), Italie et même Allemagne avec ce cépage inconnu pour beaucoup qui est le Dom Felder. Après avoir fait ses armes en Allemagne, Prayut est revenu chez PB Valley pour créer une gamme qualitative tout en gardant en tête le besoin de rendement. Récemment il a tenté de produire un vin blanc sec à base de Colombard mais il s’est rendu compte que le vin vieillissait mal et a donc renoncé…

PB Valley possède trois gammes : PB, Sawasdee et Pirom allant de 700 à 5000 baths environ. Malheureusement, ici aussi les prix sont excessifs à cause des taxes gouvernementales. Notons que de ce fait, PB Valley produit beaucoup de jus de raisin (qui au passage est délicieux) ce qui lui rapporte plus que le vin.


Voici quelques notes de dégustation de notre passage dans ce vignoble :


Pirom Chenin blanc 2011 : Une belle couleur citron pâle ; au nez, l’exotisme de l’ananas avec une intensité moyenne qui donne un superbe équilibre en bouche avec une grande fraîcheur, plus d’agrumes, de végétal et une belle longueur. C’est le vin favori de Pyrat et je pense le mien aussi.

Nous avons eu le privilège de goûter en avant première le millésime 2013, toujours aussi superbe avec une bouche un peu plus crémeuse tout en conservant cette incroyable fraîcheur tropicale !


PB Chenin blanc 2012 : moins de complexité que son grand frère et une intensité plus faible mais une bouche relativement équilibrée avec la groseille à maquereau qui pointe le bout de son fruit !

 

PB Syrah Rosé 2011 : de couleur orangé, un nez agréable de cerise/fraise et une bouche corsé avec une pointe d’amertume.

Nous avons aussi goûté le 2013, toujours aussi orangé/brun mais avec de nouveaux arômes comme la pastèque et la grenade ce qui pourrait être intéressant à marier avec un met sur mesure…

 

Sawasdee Syrah 2012 : Caractéristique du cépage, un nez plein d’épice et une côté herbacé. C’est en bouche c’est un peu court même si le côté aromatique est satisfaisant. Tannins assez peu présents malgré un côté boisé très agréable.

 

PB Syrah 2013 : couleur grenat, belle intensité visuelle. Au nez le canfre, menthol et un côté fumé qui se retrouve en bouche avec le caramel, la vanille provenant surement du chêne. Le clou de girofle flirte avec le pruneau. Un bon rapport qualité/prix.

 

Syrah/Cabernet Sauvignon 2012 : Grenat intense à l’œil. Un très beau mariage de fruits noirs et de chocolat avec des tannins fondus et très présents.

 

Malheureusement, nous n’avons pas pu tout goûter faute de temps et surtout de papilles. Je n’ai donc pas possibilité de vous raconter l’histoire du Pirom Tempranillo ou du Pirom Cabernet/Dom Felder… je vous recommande pour en savoir plus d’aller leur rendre visite !


Aussi, pour des raisons de parti pris, nous sommes allés dans le vignoble voisin GranMonte, avec lequel PB Valley a eu un léger conflit, pour seulement acheté une bouteille de shiraz. A vrai dire, ce vin fût d’aussi bonne qualité que celle de son voisin mais la guerre de clocher a eu raison de notre objectivité et nous resterons donc sur PB Valley comme meilleur vignoble du pays du sourire.

Domaine PB Valley, video de présentation